Affaire Pegasus – Nasser Bourita : « Qui a intérêt à ostraciser le Maroc ? C’est là la vraie question »

Affaire Pegasus – Nasser Bourita : « Qui a intérêt à ostraciser le Maroc ? C’est là la vraie question »
Par François Soudan
Jeudi 22 Juillet 2021
Jeune Afrique : Que pensez-vous des révélations faites par Amnesty International et le consortium de journalistes Forbidden Stories concernant l’utilisation du logiciel Pegasus par le Maroc ?
Nasser Bourita : Au-delà de cet écran de fumée – ce coup de bluff, si je puis me permettre – monté de toutes pièces et sans preuve aucune, il convient de jeter la lumière sur les faits, loin de la polémique et de la calomnie.
C’est ce que ne font ni Forbidden Stories ni Amnesty International, qui se basent uniquement sur de pures supputations. Certains titres syndiqués au sein de ce consortium servent des agendas bien connus pour leur hostilité primaire envers le Maroc et sont ulcérés par ses succès sous le leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Si « révélations » il y a, c’est bien la sortie au grand jour de cette hostilité, qui ne peut plus se cacher derrière ses allures savantes et policées. Ce n’est pas du journalisme. C’est du sabotage à grande échelle.
Maintenez-vous votre position déjà affirmée en 2019, selon laquelle le Maroc n’a pas acquis le logiciel Pegasus ?
Absolument ! Nous la maintenons et nous l’assumons en toute responsabilité. Je vous renvoie aux communiqués rendus public, les lundi 19 et mercredi 21 juillet, par le Gouvernement et dans lesquels le Royaume du Maroc « condamne vigoureusement la persistante campagne médiatique mensongère, massive et malveillante, évoquant une prétendue infiltration des appareils téléphoniques de plusieurs personnalités publiques nationales et étrangères à travers un logiciel informatique ».
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Nous mettons au défi leurs colporteurs, dont Amnesty International et le consortium Forbidden Stories, ainsi que leurs soutiens et relais, de fournir la moindre preuve tangible et matérielle en appui à leurs récits.
Certains dans ce cartel de supports médiatiques et d’ONGs n’arrivent pas à se faire à la réalité du Maroc qui réussit, se renforce et consolide sa souveraineté à tous les niveaux. Ils pensent pouvoir le mettre sous emprise. À leur grand dam, ceci n’est pas possible et ne le sera jamais. La collectivité nationale fera face, unie comme elle l’a toujours été, à ces attaques insidieuses.
N’en déplaise à ces mêmes parties, le Maroc est parvenu à s’ériger en allié fiable auprès de ses partenaires, grâce à l’efficacité mondialement reconnue de ses services de sécurité, principalement dans la lutte internationale contre le terrorisme, ce qui a permis de déjouer les complots fomentés contre la stabilité nationale du royaume, et d’avorter des attentats terroristes notamment aux États- Unis, dans plusieurs pays d’Europe, d’Asie et d’Afrique.
Les journalistes Edwy Plenel et Lénaïg Bredoux de Mediapart ont déposé une plainte contre X auprès du procureur de la République de Paris pour espionnage, tout en accusant les services de renseignement du Maroc d’en être à l’origine. En quoi les journalistes français peuvent-ils constituer un danger pour le royaume ?
Cette question devrait être posée à ceux qui colportent ces inepties. Elle devrait éveiller en eux le sens de l’analyse lucide et le souci élémentaire de la démonstration par la preuve.
Pour ce qui est du gouvernement marocain, la position est bien claire : le Maroc rejette totalement ces allégations calomnieuses et dénuées de tout fondement.
Pour ma part, je ne crois pas qu’une personne, quelle qu’elle soit, puisse constituer un « danger » pour un État solide, démocratique, porté par son peuple et enraciné dans une histoire pluriséculaire. Dans tous les cas, la justice est là précisément pour vérifier les accusations à l’aune des preuves matérielles et tangibles. Certaines personnes ont choisi cette voie. Elles y feront valoir les preuves qu’elles ont, ou n’ont pas. Le Maroc aussi a choisi de faire confiance à la justice, en interne et à l’international. Toute personne ou organisme portant des accusations contre le Maroc, devra en produire la preuve, ou assumer sa dénonciation calomnieuse, devant la justice.
D’après les éléments fournis par le consortium, le numéro personnel du roi Mohammed VI et de certains membres de sa famille, ainsi que celui du président français Emmanuel Macron, figureraient dans la liste de téléphones infiltrés par Pegasus. Cela vous semble-t-il plausible ?
C’est tout bonnement un défi au bon sens. Comme je vous l’ai dit, les assertions fallacieuses avancées par Forbidden Stories sont basées sur des supputations et des conjectures. Le Maroc les met au défi de produire la moindre preuve, comme il l’avait fait en juin 2020 avec Amnesty International, qui déjà avait formulé de pareilles accusations. Dois-je rappeler ici que le Maroc attend toujours, depuis plus d’une année, que cette ONG daigne enfin produire des preuves matérielles et répondant aux standards scientifiques universellement reconnus ? Au lieu de cela, nous avons droit à une pseudo « méthodologie » qui ne convainc personne.
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Les services de sécurité marocains sont considérés comme particulièrement performants par leurs partenaires occidentaux dans le domaine de la lutte anti-terroriste. Comment sont-ils structurés ?
La recette qui fait la réussite des services de sécurité marocains, est éminemment légaliste, efficace, et elle marche… C’est tout ce que vous avez besoin de savoir.
Le professionnalisme et l’expertise des services de sécurité marocains sont mondialement reconnus et hautement salués. Le 19 juillet, l’Administration Biden par la voix du département d’État a réitéré que sous le leadership de Sa Majesté le Roi, le Maroc et les États-Unis entretiennent des relations solides et de longue date en matière de coopération antiterroriste, en se félicitant que les deux nations œuvrent de concert étroitement pour la protection des deux pays.
Le Maroc est un partenaire fiable, pourvoyeur de sécurité et de stabilité dans son environnement régional et son cercle de partenariats. Il est un acteur de premier plan du Forum global de lutte contre le terrorisme et de la coalition globale anti-Daesh. Nous avons contribué à sauver des vies, à avorter des projets d’attentats et à amener de nombreux terroristes et criminels devant la justice. Avec la satisfaction du devoir accompli et la reconnaissance des amis et partenaires, nous nous passons donc bien volontiers du satisfecit d’Amnesty International et de Forbidden Stories.
Au-delà de la surveillance classique, les services de renseignement marocains ont-ils recours à des logiciels de surveillance perfectionnés ?
Les nouvelles technologies sont une partie essentielle du travail des services de sécurité. Ceci est un lieu commun. C’est un domaine sensible et opérant largement dans le secret, par la force des choses. Mais ce n’est pas, pour autant, un domaine gouverné par l’anarchie et l’arbitraire. Ce n’est pas la « jungle numérique ». Qu’elle soit classique ou moins classique, la surveillance se déploie dans le cadre de la loi, toujours.
Autre lieu commun : tous les services de sécurité du monde, sans exception, sont égaux dans leur volonté de posséder les outils leur permettant de faire du renseignement technologique. C’est une nécessité vitale, à relier au concept de monopole de la violence légitime. Dans ce domaine, certains États sont plus égaux que d’autres. Les technologies sont multiples et les performances le sont tout autant.
Tout ce que je peux dire est que le Maroc n’est pas en reste. Nos services de renseignement sont mondialement réputés pour leur efficacité. Nous en sommes fiers. À l’étranger, personne ne se plaint, lorsque les services de sécurité marocains parviennent à éviter des bains de sang jusqu’au cœur de nos pays partenaires et amis. Personne ne se plaint non plus lorsque le renseignement marocain apporte des informations décisives pour trancher des enquêtes ou arrêter des terroristes en fuite ou en puissance. Croyez-moi, avec le nombre d’individus dangereux en circulation qui causent une menace directe et sérieuse à la sécurité du Maroc et de ses partenaires, les services de sécurité ont trop à faire pour trouver le temps de s’intéresser à des quidams qui bien souvent surestiment leur propre importance.
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Au-delà des terroristes déjà connus, comment est déterminé le profil des individus à surveiller ?
Très certainement de la même manière qu’en France et dans tous les pays du monde qui s’attèlent à protéger leur sécurité nationale en préservant et en sanctuarisant leur stabilité.
Selon certaines de ces révélations, des personnalités politiques, sécuritaires et militaires algériennes auraient été espionnées. Qu’en dites-vous ?
Je n’ai pas de commentaire à faire à ce sujet. Ces pseudos révélations ne valent pas plus que toutes les précédentes, aussi farfelues les unes que les autres. C’est une surenchère dans l’ineptie.
En guise de réponse à l’enquête du consortium, les communiqués gouvernementaux dénoncent une « campagne médiatique » à l’œuvre contre le Maroc. Que voulez-vous dire par là ?
Le timing de cette campagne n’est certainement pas anodin. C’est là une constatation de fait. Ces dernières années, nous avons observé des pics d’hostilité médiatique dans certains pays, à la veille de la célébration par le peuple marocain de la Fête du Trône. Cette année encore ne fait pas exception. Ce timing hautement symbolique pour le Maroc et les Marocains, a toujours été sciemment choisi par les milieux hostiles, connus du Royaume, qui s’évertuent à écorner l’image du Maroc et de ses institutions, tantôt par l’édition de livres pamphlétaires ou d’articles et d’interviews, tantôt par la diffusion de reportages pernicieux.
Encore une fois, je ne suis pas adepte des théories du complot. Je ne pense pas qu’il y ait un consortium de « forces du mal » qui chercheraient à nous nuire. Mais, je suis suffisamment lucide pour lire le landscape qui se présente à mon esprit : une concentration acharnée sur le Maroc en particulier ; une force de frappe médiatique considérable mobilisée, y compris dans le service public d’un pays en particulier ; la saisonnalité de la campagne ; la volonté à peine voilée de toucher à la confiance en l’Etat marocain, tant en interne qu’à l’étranger ; le choix d’une date hautement symbolique pour le Maroc et les Marocains.
Est-ce une campagne ? Oui ! Est-ce du dénigrement ? Certainement ! Est-ce orchestré ? Il ne pourrait en être autrement ! Par qui ? Le temps nous le dira.
Ce que je peux vous dire pour le moment, c’est que le Maroc poursuivra sa marche, sereinement, solidement, pour consolider son essor économique, son développement social et son rayonnement régional et international. Les vrais amis du Maroc le soutiennent, parce que cela est dans leur intérêt aussi. Les autres déçoivent et seront eux-mêmes déçus. Ils sous-estiment la détermination du Maroc, qui n’est plus celui qu’ils croient connaître.
Le Maroc d’aujourd’hui est un acteur régional influent et incontournable, dont la voix est écoutée au sein des grandes institutions internationales et continentales telles que l’ONU et l’UA. Le Maroc d’aujourd’hui est un pourvoyeur de paix et de sécurité, dans son environnement régional. Le Maroc d’aujourd’hui est un partenaire sécuritaire fiable auprès de plusieurs pays dans la lutte internationale contre le terrorisme, qu’il a aidé à déjouer des attentats terroristes, notamment aux Etats Unis, dans plusieurs pays d’Europe, d’Asie et d’Afrique.